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Contributions
Un tourbillon nommé grossesse
par Tata Néné

Rubrique : Les Contrib

Vous ne serez pas nombreuses à l’avouer. Après tout, nous aimerions toutes répondre à la représentation symbolique que les gens se font généralement de la femme : une vierge féconde qui, dès les premiers ébats (conjugaux diront les puristes) a su, en elle, la graine germer.

Combien de fois ai-je entendu des amies (ou plutôt des collègues) sortir gaiement “moi, dès qu’on l’a fait, j’ai SU”. Grand bien leur en fasse ! Mais de nos jours et avec tout le stress que l’on subit au travail, en famille, en amour… et les conditions de malbouffe que l’on s’impose (qui mange VRAIMENT un repas équilibré de nos jours??) et les mariages de plus en plus tardifs, la “vierge féconde” a des allures de terre lessivée, restée trop longtemps en jachère et où rien ne semble vouloir désormais pousser, surtout pas un BB. Car oui, le projet BB n’est pas une mince affaire, et tous les gynecos de la place vous le diront.

Je me souviens encore de l’une de mes premières visites chez Dr G., qui, après l’observation de routine me sort une batterie de tests à faire et de médocs à prendre pour “préparer” la venue de BB. Sauf qu’on m’avait tellement fait croire que c’était (limite) par opération du saint esprit que la graine se posait, que je l’ai regardé interloquée… en lui répondant “ben non, Dr., je veux le concevoir naturellement !!!” (haaaaa la naïveté de l’âge). Sauf que celui-là, en bon farceur, au lieu de me dire tout de suite de quoi il en retournait, m’a juste ri au nez et m’a – narquoisement - renvoyé chez moi.

Ce n’est que trois an plus tard, que j’ai compris… qu’en fait j’avais (moi aussi) été victime du Mythe !

Oui, Mesdames, la grossesse, pour la majorité d’entre nous, doit être accompagnée pour aboutir. Et cela ne fait pas moins de nous des femmes accomplies et de futures YAAY topissimes. Mais encore faut-il avoir un mari conciliant et un gygy compatissant qui sauront, lorsque le but semblera trop éloigné, vous re-motiver et vous re-donner l’envie.

Je vous le dis d’entrée de jeu, ce n’est pas gagné… parce que entre le fibrome que l’on a peur de vous enlever, les ovaires atrophiés que rien se semble pouvoir réveiller, et le cycle anormal qui vous a toujours caractérisé… ben Dr. gygy aura bien du pain sur la planche et vous avez intérêt à avoir une excellente couverture médicale pour supporter honoraires de consultations, ordonnances à gogo et tests en tout genre.

Le désir de grossesse donne désormais le tournis à de nombreuses trentenaires et hélas, dans la plupart des cas, les amies et la famille n’ont pas forcément les mots réconfortants.

Avec l’âge, J’assimile le désir de grossesse, ce moment crucial de la vie d’une femme, à une course d’obstacles : une ribambelle de haies à sauter et personne pour vous donner des conseils avisés.

Et à force d’essayer et d’échouer, nombreuses sont celles qui, résignées, s’abandonnent progressivement à l’idée de rester TATAs.

Dans certaines sociétés, ne pas avoir d’enfants est en soi une bénédiction ! Plus de temps libres pour soi, plus d’argent pour en profiter à deux, et aucun complexe lié à la prise de poids. Et si vraiment l’envie de cajoler plus petit que soi vous prend, un chiwawa et puis BASTA.

Je ne suis pas certaine d’envier ce mode de vie. Mais j’aurai tant aimé avoir au moins la liberté de vivre differemment mon envie de BB.

Du côté de chez nous, à peine le stress du “comment, tu n’es toujours pas mariée…?” passé, voici que nouvelle mariée s’entend très vite reprocher de n’avoir toujours pas commencé à PRODUIRE (des fois tout juste après avoir convolé en juste noce… et gare à celles qui vont justement trop vite…!)

Une sorte de déjà-vu qui en dit décidement long sur la société sénégalaise qui, sous des allures de terre d’hospitalité et de solidarité (pour les étrangers) est en fait très compétitive et guerrière pour ses ressortissants.

Tout y est fait en fonction de l’autre. Vos états d’âmes à vous, vos peurs, vos petits ennuis de santé… tout le monde s’en tamponne. L’essentiel étant de prouver que vous êtes bien une femme… et à ce titre, la preuve ultime serait de procréer!

Attention, ce petit billet – pas comme les autres – ne vise pas à mettre les mamans accomplies mal à l’aise. Il y a en effet de nombreuses femmes qui y parviennent naturellement, presque sans s’en rendre compte, et nous, APPRENTIES YAAYS sommes les premières à nous réjouir pour elles !

Mais que fait-on de toutes les autres?! Toutes celles que l’on évite soigneusement de nommer, par pudeur semble-t- il, mais qui souffrent affreusement du fait que les seuls avis émis – les concernant - soient d’ordre médical ou mystique.

Oui, ce billet, aujourd’hui, est pour ELLES, ces nombreuses autres qui ont moins de chances de l’avoir “du premier coup”, ou de l’avoir tout court… Et qui, pour ne pas décevoir (mari, mère et belle-mère) se lancent à corps perdu dans toutes sortes d’aventures, plus ou moins orthodoxes.

C’est à elles que je voudrais aujourd’hui que l’on pense et qu’à l’unisson, YAAYS confirmées et APPRENTIES YAAYS se félicitent d’être FEMMES avant tout. Réinventons les codes et les symboles et offrons, en ce mois de Mars, mois des Femmes et de la Lutte contre l’Endométriose, un nouveau visage au statut de la femme. Ne célébrons pas que l’épouse et la mère mais aussi l’engagement social, le courage politique, la bravoure militaire, le panache économique de nombreuses autres soeurs et amies qui sans être mères ou épouses participent vaillament au bien-être de tous.


Bravo à toutes les yaays aspirantes et aux supers tatas!

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